xs-screen
sm-screen
md-screen
lg-screen

Randonnée et patous : les conseils d'un éleveur de la Vanoise

Actualités Posté le 30/07/2026
None

Chaque été, les sentiers d’altitude traversent des alpages où pâturent des milliers de brebis et de vaches. Avec le retour du loup dans les massifs français, les éleveurs utilisent des chiens de protection pour défendre leurs troupeaux. Ces chiens impressionnent souvent les randonneurs, alors que les incidents restent exceptionnels. Daniel Thiébaud exploite un alpage de 250 brebis aux sources de l’Arc, en Haute-Maurienne, au cœur du parc national de la Vanoise. Il explique ce qui se passe au quotidien quand randonneurs et chiens de protection se croisent.

Pourquoi y a-t-il des chiens de protection dans les alpages en été ?

Le retour du loup a rendu les chiens de protection indispensables pour les éleveurs de montagne.

Les chiens de protection vivent au sein du troupeau en permanence, été comme hiver. Nés en bergerie, ils grandissent avec les brebis et les considèrent comme leur famille. Leur rôle est de dissuader les prédateurs, principalement le loup, de s’approcher. Les éleveurs de montagne recourent à plusieurs races : le montagne des Pyrénées (le plus connu, souvent appelé « patou »), le berger des Abruzzes (race italienne), le berger d’Anatolie ou le cão de gado transmontano (race portugaise). Plus de 6 000 chiens de protection sont aujourd’hui présents dans les Alpes françaises, selon le Réseau pastoral Auvergne-Rhône-Alpes (chiffres 2025).

Daniel Thiébaud utilise deux bergers des Abruzzes.

« Nous, on reste avec une race de chien qui est plutôt calme, qui fait son travail. »

Il a choisi cette race pour son tempérament : les bergers des Abruzzes se montrent dissuasifs sans aller au contact.

Les chiens de protection sont-ils dangereux pour les randonneurs ?

Les incidents restent très rares mais la peur amplifie la perception du risque.

L’alpage de Daniel Thiébaud se trouve sur le sentier du refuge du Carro, un itinéraire fréquenté par de nombreux randonneurs tout l’été. Les deux chiens restent en permanence au milieu du troupeau, et la bergère gère leur comportement quand elle est présente. Mais elle ne peut pas être là 100 % du temps.

« En gros, c’est le touriste qui a peur du chien. Et quand le chien sent cette peur, il devient tout de suite agressif. Mais lui reste toujours au troupeau, il va rarement aller au contact du touriste. Il va aboyer de loin. Sauf qu’à 50 ou 100 mètres de là, les touristes prennent peur. »

En plusieurs années d’exploitation, il n’a connu qu’un seul accrochage avec ses chiens de protection, et le randonneur était sorti du sentier pour s’approcher du troupeau. Le seul cas de morsure sur son alpage concernait le border collie de la bergère, un chien de conduite, et la morsure n’a causé aucun dégât.

Ce qui pèse sur la perception, selon lui, c’est l’effet médiatique. « Dès qu’il y a un accident, même mineur, ça passe tout de suite dans les journaux. Et ça crée une psychose. Mais ça reste très, très minoritaire. » Le site Pasto Kezako (plateforme du Réseau pastoral Auvergne-Rhône-Alpes) détaille le comportement de ces chiens et leur mode de socialisation.

Comment se comporter face à un chien de protection en randonnée ?

Garder ses bâtons le long du corps, ne pas courir et contourner le troupeau de quelques mètres.

« Il faut que la personne qui se promène garde ses bâtons près d’elle. Elle va pas faire des grands gestes avec ses bâtons qui risquent d’exciter le chien. Elle fait dix ou quinze mètres de détour pour se tenir un petit peu plus loin. »

Concrètement : ne pas courir, ne pas faire de gestes brusques, contourner le troupeau plutôt que le traverser, et ne pas toucher les chiens. « Il faut surtout pas toucher, caresser les chiens, ça c’est strictement interdit. Ils sont nés en bergerie. Leur famille, c’est les brebis. »

Autre précaution rarement mentionnée : ne pas venir avec un chien de compagnie à proximité d’un troupeau protégé. Dans le parc national de la Vanoise, les chiens domestiques sont interdits, ce qui élimine ce risque. Ailleurs, la présence d’un chien non tenu en laisse peut déclencher une réaction défensive des chiens de protection, qui interprètent l’animal comme un prédateur potentiel. Pour les vététistes, Daniel Thiébaud recommande de descendre du vélo et de marcher : « La vitesse entraîne les chiens à courir. »

Les bons réflexes à adopter en cas de rencontre sont détaillés sur Pasto Kezako, avec des illustrations et des vidéos.

Comment savoir s’il y a des chiens de protection sur mon itinéraire de randonnée ?

La carte MapPatou recense plus de 5 000 alpages protégés en Auvergne-Rhône-Alpes.

Sur l’alpage de Daniel Thiébaud, des panneaux d’information sont installés à chaque départ de sentier, en lien avec le parc national de la Vanoise. « Ils reprennent un peu les règles de sécurité. Il y en a plusieurs, principalement au départ des chemins. »

Cette signalétique, coproduite par les parcs nationaux de France et les services pastoraux, se retrouve dans l’ensemble des massifs. Mais elle ne couvre pas tous les itinéraires. Pour préparer une sortie, la carte interactive MapPatou permet de localiser les alpages où des chiens de protection sont présents. Développée par le Réseau pastoral Auvergne-Rhône-Alpes avec le laboratoire LESSEM (Laboratoire écosystèmes et sociétés en montagne) de l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) à Grenoble, elle couvre neuf départements et recense plus de 5 000 alpages. Les données sont aussi accessibles via les applications IGN Rando, Visorando et WaffApp.

Domaines skiables et éleveurs : une cohabitation organisée depuis longtemps

Les domaines skiables partagent les mêmes alpages que les éleveurs et participent à la prévention sur le terrain.

« C’est une cohabitation qui se passe pas trop mal. On a rarement des problèmes. Mais je trouve qu’il y a quand même pas assez de prévention qui est faite. »

La prévention, justement, passe aussi par les domaines skiables. Leurs pistes sont tracées sur des alpages : en Savoie et en Haute-Savoie, environ un tiers des alpages se trouvent sur le périmètre d’un domaine skiable, et plus de 90 000 têtes de bétail y pâturent l’été (source : Domaines Skiables de France, communiqué Assises européennes de la montagne, avril 2026). Depuis 2009, Domaines Skiables de France (DSF) travaille avec les Sociétés d’Économie Alpestre (SEA) de Savoie et de Haute-Savoie pour organiser cette cohabitation. En Haute-Savoie, un programme de formation sur les chiens de protection a été déployé avec la SEA 74 et l’association Innovation Développement Tourisme (IDT 74), à destination des personnels de stations, des offices de tourisme et des collectivités.

Les domaines skiables s’engagent aussi à partager l’eau de leurs retenues avec les éleveurs en cas de sécheresse. En 2026, déclarée Année internationale des parcours et des pasteurs par l’Assemblée générale des Nations unies, DSF a participé comme partenaire aux Assises européennes de la montagne à Sallanches, aux côtés du monde agricole. La boîte à outils Pasto Kezako met par ailleurs des supports de sensibilisation libres de droit à disposition de tous les professionnels du tourisme de montagne.