Nathalie Faure n'avait jamais siégé dans un conseil municipal quand elle a été élue maire d'Autrans-Méaudre en Vercors. Près de trente ans chez Rossignol puis à Courchevel Tourisme, cinq ans comme vice-présidente déléguée à la montagne au Département de l'Isère, où elle a visité toutes les stations du territoire. Elle pensait connaître le sujet. Les habitants d'Autrans-Méaudre l'ont sollicitée pendant deux ou trois ans avant qu'elle accepte de se présenter.
« Au département, on a du recul. Quand vous êtes dans votre commune, vous sortez de chez vous et vous avez affaire à tous les types de problèmes. Du plus simple jusqu'au plus engageant financièrement. Et vous devez répondre présent pour tous. »
Son premier réflexe de maire : aller voir les agents communaux dans les ateliers et les logements saisonniers, sur leur lieu de travail. Les agents d'Autrans-Méaudre savent souder, poser une cuisine, refaire de l'électricité, monter de la menuiserie. « Ils achètent une cuisine pour rénover un logement saisonnier, et c'est eux qui font tout. Ce sont des artisans. » Quand la commune compte 3 000 habitants, les budgets ne permettent pas de sous-traiter chaque intervention.
Un maire de plaine gère des écoles, des routes, du social. Un maire de station gère tout cela et, en plus, une activité touristique qui démultiplie la population pendant quelques semaines. Il porte la responsabilité des remontées mécaniques et doit penser le développement de son territoire avec un foncier sous pression, où l'enjeu est de permettre aux familles de continuer à s'installer. Le budget reste celui d'une commune de 3 000 habitants, y compris les semaines où elle en accueille dix fois plus.
Autrans-Méaudre concentre à peu près toutes les spécificités possibles : commune rurale, station de moyenne montagne, territoire classé Parc naturel régional du Vercors, deux villages fusionnés avec chacun son domaine skiable. « Qu'est-ce qu'on fait quand on se retrouve avec deux stations mais une seule commune ? Est-ce qu'on arrive à maintenir les deux ? Quelles décisions économiques et parfois humaines faut-il prendre ? » Des arbitrages propres aux communes de montagne, où chaque décision engage à la fois la vie du village et l'économie touristique de toute une vallée.
Quel est le rôle de l’association nationale des maires de station pour les élus de montagne ?
L’Association nationale des maires des stations de montagne fédère une centaine de stations sur cinq massifs et défend leurs spécificités budgétaires et réglementaires auprès de l’État.
Ces communes ne fonctionnent pas comme les autres, et c’est pour cela que l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM) existe depuis 1946. L’association fédère une centaine de stations de montagne sur les cinq massifs français (Alpes du Nord et du Sud, Jura, Massif Central, Pyrénées, Vosges) et porte leurs besoins auprès des pouvoirs publics. En octobre 2025, son président Jean-Luc Boch alertait sur l’étau financier des communes de montagne dans le cadre du projet de loi de finances 2026 : gel de la dotation globale de fonctionnement, charges liées à l’activité touristique que la péréquation actuelle ne compense pas. Quand Nathalie Faure décrit ses agents qui rénovent eux-mêmes les logements, elle parle de la même réalité vue depuis une mairie de 3 000 habitants.
À Autrans-Méaudre, un dispositif de domicile intergénérationnel héberge des saisonniers chez des personnes âgées pour 60 à 150 euros par mois.
À Autrans-Méaudre, beaucoup de saisonniers viennent du coin : agriculteurs ou artisans qui complètent leur activité l’hiver. La mairie met aussi quelques logements à disposition sous convention. Nathalie Faure a importé dans sa commune un dispositif qu’elle porte par ailleurs au Département : le domicile intergénérationnel. Des jeunes de moins de 30 ans, alternants ou saisonniers, s’installent chez des personnes âgées qui vivent seules dans de grandes maisons ou des fermes. Le loyer va de 60 à 150 euros par mois.
« Il se crée des relations très particulières et très enrichissantes pour ces binômes. »
Dans les villages de montagne, les aînés ont de la place et souffrent souvent de solitude. Les jeunes cherchent un toit pour quelques mois. Le rapprochement paraît évident, il fallait quelqu’un pour le structurer.
Le programme de parrainage de Domaines Skiables de France, lancé en avril 2026, met en binôme une quarantaine de grandes stations avec des stations plus fragiles pour du partage d’ingénierie, de maintenance et de conseil.
Autrans-Méaudre fait partie de la quarantaine de binômes constitués à son lancement dans le cadre du programme de parrainage de Domaines Skiables de France (DSF), présenté en avril 2026 lors du salon Mountain Planet à Grenoble. La station a signé avec la SATA (Société d’Aménagement Touristique de l’Alpe d’Huez), le groupe qui exploite l’Alpe d’Huez, Les 2 Alpes et La Grave. Nathalie Faure tient à être précise sur la nature de ce parrainage.
« Je ne vous parle pas de finance. Je vous parle d’ingénierie, de savoir-faire humain, de maintenance dans les remontées mécaniques, d’exploitation, de conseil. Parce que dans notre petite station, nous n’avons pas forcément tous les services qui nous permettent d’avoir toutes les compétences. »
Pour une nouvelle élue qui apprend la gestion de deux domaines skiables avec les moyens d’une commune rurale, avoir les équipes de la SATA au bout du fil change la façon d’aborder chaque décision.
Ce programme prolonge des dispositifs de solidarité déjà portés par DSF, dont Nivalliance, le fonds d’assurance mutualisé contre les aléas d’enneigement, qui a redistribué plus de 23 millions d’euros depuis 2005.
À Autrans-Méaudre, la priorité de la maire est que la diversification touristique profite d’abord aux habitants permanents, pas seulement aux visiteurs.
Nathalie Faure a grandi en montagne. « Mon grand-père était paysan. Le respect de l’environnement, c’est quelque chose dont on prend soin depuis toujours. Nos agriculteurs sont indispensables à l’entretien de nos paysages. » Autrans-Méaudre produit du Saint-Marcellin et du Bleu du Vercors-Sassenage. Les fermes font partie du paysage autant que les remontées.
Ce qu’elle vise depuis le début de son mandat : « Un village vivant, habité, où les gens sont heureux de vivre, où on n’oppose pas le tourisme à l’habitabilité. Tout ce qu’on fait quand on réfléchit à de la diversification, tout ça se fait en pensant aux habitants et avec les habitants. » La commune a une friche olympique, vestige des Jeux de Grenoble 1968, qu’elle aimerait transformer en projet utile à l’ensemble du plateau du Vercors.
« On entre en politique comme on entre dans les ordres. Il faut aimer les gens et aimer donner de son temps. »