xs-screen
sm-screen
md-screen
lg-screen

Dialogue social dans les domaines skiables : un pilier de la professionnalisation

Dossier thématique Posté le 17/10/2025

Chaque hiver, les domaines skiables emploient 18500 salariés dont la contribution à la sécurité et à la satisfaction des clientèles est déterminante. En quoi la convention collective des remontées mécaniques est-elle socialement moderne et innovante ? Comment le dialogue social entre partenaires sociaux permet-il son évolution et l’amélioration des conditions de travail des saisonniers et permanents de la branche ?

 

Enjeux du dialogue social dans les domaines skiables

La convention collective est un texte d’environ 100 pages qui définit, en plus du code du travail français, les droits et obligations spécifiques à la branche des remontées mécaniques et domaines skiables qui s’imposent aux employeurs et aux salariés. Elle contient des dispositions relatives aux conditions de travail, aux salaires minimaux garantis, à la protection des salariés, au dialogue social dans les entreprises, etc.

Les domaines skiables offrent un cadre de travail très particulier qui exige des textes de droit du travail adaptés. Ainsi, la saisonnalité de l’activité est l’une des grandes spécificités de nos métiers puisque 95% du chiffre d’affaires de la branche est réalisé sur les 5 mois de l’hiver. Comme l’activité est beaucoup moins forte le reste de l’année, les contrats saisonniers s’arrêtent à la fin de la saison d’hiver et seuls les effectifs permanents subsistent. On compte en moyenne 4 saisonniers pour un permanent dans la branche.

Garantir la compétence des salariés est indispensable pour assurer la sécurité et la satisfaction des usagers. Or, rafraichir et renforcer régulièrement les compétences des hommes et des femmes de la profession est un véritable défi quand 4 salariés sur 5 ne sont pas toute l’année dans l’entreprise.

Les autres spécificités des métiers des domaines skiables sont le management d’équipes réparties en extérieur et sur l’ensemble d’un domaine de montagne, le déplacement sur neige à ski ou en engins, le travail de nuit ou le travail isolé pour certains personnels, etc. La diversité des profils est importante : mécaniciens, pisteurs secouristes, conducteurs d’engins de damage, nivoculteurs, conducteurs et agents de remontées mécaniques, hôtes de caisse, managers

La convention collective doit tenir compte de tous ces facteurs et proposer un cadre adapté au management et à la transformation des entreprises dans un contexte en perpétuelle évolution. Elle veille également à la sécurité des salariés et à leur accomplissement professionnel.

Par ailleurs, le dialogue social a des incidences économiques majeures puisque la masse salariale est la première dépense d’un domaine skiable. En effet, cela représente entre un tiers et la moitié du budget selon les cas.

 

Historique et principaux thèmes de concertation

La convention collective des remontées mécaniques et domaines skiables s’est structurée fortement dès les années 1970. Depuis, elle n’a cessé d’évoluer au fil des négociations entre les partenaires sociaux pour s’adapter aux évolutions des métiers, aux attentes des entreprises et des salariés.

Parmi les éléments structurants du dialogue social dans les domaines skiables, la convention collective des remontées mécaniques joue un rôle central.

Elle encadre notamment l’exercice de la représentativité syndicale, en incluant la représentation des salariés saisonniers, afin d’assurer la continuité du dialogue social pendant l’intersaison.

Pour les entreprises de plus de 20 salariés, elle prévoit la reconduction automatique des contrats saisonniers d’une saison à l’autre. Pour les plus petites structures, une priorité de réembauchage est accordée aux travailleurs saisonniers.

La convention fixe également les rémunérations minimales par métier et définit un cadre d’évolution professionnelle basé sur l’ancienneté, la polyvalence, la spécialisation et les responsabilités du salarié.

Enfin, elle organise l’égalité professionnelle, le travail de nuit, la formation professionnelle, la santé et sécurité au travail, ainsi que la protection sociale des salariés en station de ski.

En 2021, la convention collective de la branche a été entièrement réécrite afin de la rendre plus claire et plus accessible. Depuis, entre un et trois nouveaux accords paritaires sont signés chaque année, qui sont intégrés au texte de la convention collective. C’est donc un texte vivant.

 

Acteurs du dialogue social de branche

Comment négocier un accord ?

Pour qu’une disposition de la convention collective des remontées mécaniques évolue, ou qu’une nouvelle règle soit ajoutée, un accord entre les partenaires sociaux est indispensable.

La partie patronale, représentée par Domaines Skiables de France (DSF), négocie avec la partie syndicale, actuellement représentée par FO et la CGT. L’accord n’est valide que s’il n’est pas rejeté par un ou plusieurs syndicats totalisant ensemble plus de 50 % des suffrages aux élections professionnelles.

Dans ce cadre, DSF, FO et la CGT se réunissent plusieurs fois par an au sein de la commission paritaire permanente de négociation et d’interprétation (CPPNI).

Ces rencontres, placées sous la présidence de l’État, représenté par le ministère du Travail, permettent d’inscrire à l’ordre du jour tous les sujets proposés par les partenaires.

Les négociations collectives s’étendent souvent sur plusieurs séances avant de déboucher sur un accord de branche.

Une fois validé, l’accord est transmis à l’État pour homologation, puis communiqué aux entreprises du secteur pour mise en œuvre. Il est ensuite officiellement publié au Journal Officiel, garantissant sa portée légale.

 

Exemples récents : l’intégration des métiers de la diversification, la prévoyance

En 2023, DSF, FO et la CGT s’étaient mis d’accord pour mettre à jour la classification des métiers de la branche au regard des évolutions technologiques et de la diversification des activités touristiques proposées dans la plupart des stations.

Moins de 2 ans plus tard, après plusieurs réunions de négociations, un accord paritaire a été adopté à l’unanimité de ces trois partenaires sociaux pour ajouter toute une liste de nouveaux métiers, et leur affecter un salaire minimum conventionnel. Parmi ces métiers : le patrouilleur-modeleur VTT, l’animateur d’espace ludique ou encore le responsable de zone ludique multi activité.

Autre exemple : en 2025, après un appel d'offres lancé en 2024 par DSF, FO et la CGT, un accord paritaire adopté à l’unanimité a permis d’améliorer la prévoyance des cadres et des non-cadres de la branche.

 

La reconduction des contrats saisonniers : un exemple de flexi-sécurité

Une disposition emblématique

L’une des dispositions les plus structurantes de la convention collective des remontées mécaniques et domaines skiables concerne le déroulement et la reconduction des contrats saisonniers d’une saison sur l’autre. Le cadre créé permet à la fois de donner à l’entreprise la souplesse d’adapter les dates et la durée du contrat à l’enneigement et de donner des garanties au saisonnier pour le sécuriser. Aucune autre branche n’a été aussi loin dans la sécurisation des parcours professionnels saisonniers.

Embauche et durée du contrat saisonnier

Ainsi, par exemple, un saisonnier dont la date prévisionnelle d’embauche est au 15 décembre peut exceptionnellement voir sa date d’embauche repoussée en cas de manque de neige. Toutefois, le contrat de travail précise la date maximale à laquelle l’embauche aura lieu automatiquement, et cela même si la neige continue de manquer (par exemple : le 10 janvier). La durée de la saison et la date de fin du contrat peuvent aussi varier en fonction des conditions. Aussi, à défaut de préciser à l’avance la date de fin de la saison, le contrat précise la durée minimale de la saison que l’on établit en référence aux précédentes saisons.

Reconduction

Après la fin de la saison, un droit à revenir est créé pour le saisonnier. La convention collective précise que si le saisonnier qui était déjà présent dans l’entreprise la saison d’hiver précédente fait acte de candidature avant le 15 septembre, il se voit proposer un poste de même nature la saison suivante.

La reconduction automatique des contrats saisonniers s’applique à la plupart des salariés de la branche. Elle concerne en effet les entreprises de plus de 20 salariés dont le chiffre d’affaires ne connaît pas de trop grandes fluctuations. Dans les autres entreprises de la branche, une simple priorité de réembauchage s’applique.

 
 

Retour d’expérience sur le profil des salariés de la branche

Les métiers des domaines skiables sont des métiers de passionnés. Grâce à l’ensemble des dispositions de la convention collective, qui sont complétées par des accords d’entreprise, l’emploi saisonnier des remontées mécaniques et domaines skiables tient une place remarquée dans l’univers de l’emploi saisonnier de montagne.

En effet, l’ancienneté moyenne des saisonniers dans la branche des remontées mécaniques est de 10 ans (15 ans chez les permanents). En outre, les deux tiers des saisonniers ont plus de 35 ans (3/4 chez les permanents).

Autre exemple : 52% des salariés de la branche sont propriétaires de leur logement (vs. 57% des Français selon l’INSEE). C’est 68% chez les permanents et 46% chez les saisonniers.

Comme elle est particulièrement innovante, la convention collective de notre branche inspire régulièrement les autres branches ou le code du travail.

Je découvre l’enquête sur les salariés

 

Dialogue social dans les domaines skiables : défis et perspective

La construction sociale d’une branche est toujours en mouvement, car le contexte des stations de montagne est en perpétuel évolution.

Le logement des salariés, et notamment le logement saisonnier, qui est lié aussi au transport, sont des sujets prégnants qui doivent s’organiser aussi à l’échelle du territoire, pour l’ensemble des salariés et saisonniers de la station, sous l’égide des élus.

Dans le contexte de l’allongement de la durée de la vie au travail, la question des fins de carrière devrait vraisemblablement revenir sur la table des discussions, sachant que notre branche est l’une des rares à avoir déjà signé, en 2012, un premier accord paritaire sur le sujet de la pénibilité.

L’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes fait déjà l’objet d’une section de la convention collective mais elle pourra peut-être évoluer dans les prochaines années. Le renforcement de l’attractivité des métiers de la montagne pour les femmes est un enjeu partagé au niveau paritaire. D’ailleurs, la plupart des métiers montrent une féminisation croissante.

Enfin, l’écrasement de la grille des rémunérations minimales est également un sujet de préoccupation pour les partenaires sociaux qui négocient depuis 2023 une évolution possible pour la grille des techniciens, des agents de maintenance et des cadres. Mais les réunions n’ont pour le moment pas permis de trouver un accord.

 

 

FAQ

Le dialogue social favorise un climat de confiance, l’adaptation des conventions collectives aux réalités de la saisonnalité et l’équilibre entre sécurité, attractivité et conditions de travail. Il permet de mieux anticiper les mutations du secteur et de maintenir la qualité de vie au travail, même dans un contexte de forte pression saisonnière.

Au sein de chaque entreprise du secteur des domaines skiables, les salariés sont représentés par les délégués syndicaux, les élus du CSE et, selon les cas, par d’autres instances spécifiques à chaque société.

En lien avec la direction, ces représentants participent à des négociations régulières portant sur des sujets essentiels : organisation du temps de travail, rémunération, participation, intéressement, ou encore conditions de travail.

Les syndicats qui obtiennent un nombre de voix suffisant lors des élections professionnelles au sein des entreprises sont également représentés à l’échelle de la branche.

À ce niveau, ils participent aux négociations collectives avec les représentants de la partie patronale (DSF), sur des thèmes transversaux comme la formation professionnelle, la politique de rémunération, ou l’évolution des métiers dans l’ensemble de la filière.

La convention collective garantit des droits spécifiques aux saisonniers comme la priorité à la réembauche et le suivi des acquis, ainsi qu’une ancienneté reconnue dans le secteur. Elle leur garantit aussi de pouvoir participer aux réunions du CSE pendant l’intersaison.

Des accords structurants régissent la reconduction automatique des contrats saisonniers, la prévoyance, les classifications et les rémunérations. La convention collective a été entièrement ré-écrite en 2021 pour mieux répondre aux enjeux actuels du secteur.

L’employabilité des salariés pluriactifs, la sécurisation des parcours et la gestion des périodes de crise appellent à renforcer le dialogue social, notamment pour s’adapter aux évolutions environnementales et économiques du tourisme de montagne.

La formation continue, l’organisation de journées thématiques pour partager les retours de terrain, et la tenue d’un agenda social permettent d’ancrer une culture sociale de concertation ambitieuse, inclusive et attractive pour les collaborateurs du secteur.

L’exploitation des remontées mécaniques et domaines skiables nécessite des qualifications importantes en raison de la technicité des métiers et des fortes contraintes de sécurité. Les responsabilités offertes, les salaires, les garanties plus élevées qu’ailleurs en station ont beaucoup contribué à abaisser le turn-over des saisonniers dans la branche. Leur ancienneté moyenne est passée de 8 ans en 2009 à 10 ans en 2023.